Jeudi 26 mars 2009 4 26 /03 /Mars /2009 21:39


Pourquoi Jean Paul II ?

 

Je me tiens là, devant vous, et me voilà saisie par le doute. D’un coup, j’ai envie de me prendre pour Moise et de crier à Dieu : « Trouve quelqu’un d’autre, va…. Va donc te chercher quelqu’un de mieux que moi, … moi je ne suis qu’une petite joueuse…après tout »…

Non, rassurez-vous, pas que je sois intimidée d’être là devant vous… Non…mais parce que pour être honnête, je la trouve un peu folle cette idée de vouloir s’appeler Hospitalité de Jean Paul II. Après tout, on était bien avec notre bon vieux nom d’HDG, alors peut-être qu’on devrait simplement s’en contenter et se tenir tranquille et peut-être même que, vous, là les brancardiers ces bannières, ces images à l’effigie de Jean Paul II, vous devriez les ranger ….

parce que ces trois petits mots inoffensifs, vous savez, mes amis, ils ont une conséquence énorme. Jean Paul II, c’est bien plus qu’un nom qu’on adopte, c’est avant tout un modèle et quel modèle !

Jean Paul II, je l’ai rencontré aux journées mondiales de la jeunesse à Rome, puis à celles de Toronto. Je pourrais vous décrire comment d’un coup de canne, ou encore comment armé d’un simple clin d’œil, cet homme devenu frêle animait des foules de jeunes.

Oui, Il les aimait les jeunes, c’est le moins que l’on puisse dire… Mais déjà là, vous voyez,  je ne lui fais pas justice, parce que Jean Paul 2, il allait plus loin que ça encore : les jeunes, comme il disait, il les aimait « passionnément ». Et cet adverbe en dit long : Jean Paul II, c’est ça : toujours une mesure de plus, aimer un peu plus que nécessaire…. et un peu plus que de raison…

Savez-vous ce que Jean Paul 2 a fait, alors qu’il venait tout juste d’être  élu, en octobre 1978 ? Un cardinal était en train de mourir après une crise cardiaque et lui, il a bondi pour se rendre à l’hôpital ; première démarche hors du Vatican. Les hommes en violet lui disaient : « mais votre sainteté, vous n’y pensez pas ; vous ne pouvez pas faire ça, réfléchissez voyons » et Jean Paul 2 répondit spontanément : « eh bien, ça se fera »…

En quelques mots, il avait donné le ton de son Pontificat : faire jaillir l’imprévu, le pourquoi pas, le jamais-vu, le jamais fait, dans un monde où tout est bien pensé, bien pesé, bien raisonné…Il était là, son message, quand il disait : « sortez de vous-même, de vos raisonnements, de votre sagesse. »[1]

La grandeur de Jean Paul 2, elle se lit bien sûr à sa vie mais peut-être encore plus clairement dans la dernière ligne droite qui a marqué cette grande destinée. Quel culot dans un monde qui adore le paraitre, d’oser montrer sa souffrance jusqu’au dernier jour.

La faiblesse, la maladie, il n’a pas voulu les cacher et c’est cette faiblesse qu’il a transformé en force—force d’affirmer que « l’énergie de l’esprit, la volonté, la ténacité étaient plus importants que le muscle, l’arrogance et la suprématie. »[2]


Pas étonnant alors qu’il ait tant aimé Lourdes. Ici, Il y retrouvait Marie ; celle qui, comme il disait, lui donnait « la force d'aller en avant, comme les oasis dans le désert, » celle aussi qui donne aux malades cette force de continuer le combat, lorsque le Pape nous répète : «A ceux qui souffrent et à ceux qui luttent et sont tentés de tourner le dos à la vie, tournez vous vers Marie, car, dans le sourire de la Vierge se trouve mystérieusement cachée la force de poursuivre le combat contre la maladie et pour la vie »[3].

Et c’est à lourdes, à nous aussi, qu’il nous demande de trouver cette force qui nous réconcilie avec Dieu et avec ce qu’il attend de nous : « Écoutez d’abord, vous les jeunes, vous qui cherchez une réponse capable de donner sens à votre vie. Vous pouvez la trouver ici. C’est une réponse exigeante, mais c’est la seule réponse qui vaut. En elle, réside le secret de la vraie joie et de la paix ».

Lourdes, Il n’y venait pas en marathonien de Dieu, ni en tant que figure d’autorité lointaine, mais il se disait pèlerin de Lourdes—malade parmi les malades, fatigué parmi les fatigués—venant s’appuyer et se laisser porter par le roc de Massabielle.

Il nous a fait comprendre que la folie de Lourdes, c’est précisément la folie de l’Evangile: cette petite Bernadette n'est rien… Comme disait Jean Paul 2 «sa vie de religieuse a semblé misérable, et pour ce qui est de sa santé inutile »[4] et pourtant … c'est elle qui est choisie par Dieu: non en raison de sa foi, de ses mérites, ou de ses qualités …

elle est précisément là, la folie de l’évangile et c’est ce message que Jean Paul 2 appréciait tant à Lourdes. « A Bernadette, » disait-il, « il lui a suffi d’aimer » et d’aimer jusqu’au bout. Oui, la magie de Lourdes, c’est bien ça: un peuple de pauvres—ces pauvres que nous sommes tous…que cela se lise sur notre physique ou pas—qui rejoint une autre pauvresse, Bernadette.

Par sa vie, par ses gestes, Jean Paul 2 nous a montré le plus haut du plus haut de l’homme. Ce souverain « Pontif » a bâti des ponts—des ponts avec ceux que l’on fait taire, ceux qui ne peuvent pas s’exprimer, ceux que l’on oublie, ceux qui nous gênent ; des ponts aussi avec les autres religions, les autres régimes, et bien sûr, avec cette jeunesse à qui il confiait toute son espérance.

Parfois, c’est vrai : je crois que j’aurais préféré qu’il m’aime un peu moins fort, qu’il me fasse un peu moins confiance, parce que vous savez, le Pape-et ça il ne faut pas l’oublier--c’est quand même un ami terriblement exigeant….[5]

Je suis sûre que si vous demandez aujourd’hui à des JMJistes de décrire en quelques mots leur expérience, ils vous parleront—avec des étoiles plein les yeux—de ces centaines de nationalités réunies, de ces drapeaux aux milles couleurs, de ces chansons, de cette fougue que l’on ressent…

Moi, pourtant, et étrangement, voilà ce qui m’a toujours le plus marqué à ces JMJ : en écoutant ou relisant ces discours, avez-vous remarqué combien notre pape aimait utiliser l’impératif ? On pense bien sûr à ses tous premiers mots sur ce balcon du Vatican « N’ayez pas Peur » et aux JMJ, toujours le même message : fort, sobre, et clair :

1980 : Laissez-le saisir votre vie tout entière [. . .] pour que toutes vos relations, activités, sentiments, pensées soient [. . .] "christifiés".

1999 : Rendez-le visible dans vos choix et vos comportements, dans votre manière d'accueillir les personnes et de vous mettre à leur service 

2002 : Devenez des témoins crédibles de l’Evangile.

Et de peur de heurter nos oreilles trop sensibles, il aurait pu être plus tendre ; Il aurait pu dire « soyez de gentils catholiques, faites ce que vous pouvez» il aurait pu dire « si tu crois un jour que le bon moment est venu, si jamais tu te sens de taille, si tu te sens d’attaque, alors, je te conseille… peut-être que tu pourrais… »

Mais non, Jean Paul 2, il ne faisait pas dans la demi-mesure ; aux Journées Mondiales de la Jeunesse, il a dit « soyez des saints. N’attendez pas d’être plus âgés pour vous engager dans la voie de la Sainteté » Oui, … encore et toujours de l’impératif pour un monde qui, comme il disait, a « un impérieux besoin du témoignage de chrétiens qui osent aller à contre-courant »…

Une deuxième chose m’a particulièrement marquée aux JMJ et là, encore j’aimerais vous poser une question : Avez- vous aussi remarqué combien notre pape aimait conjuguer le verbe « être » ? Tour à tour, et à chaque JMJ :

1997 : Vous êtes l’espérance du monde, vous qui aspirez à une vie toujours plus belle ; vous êtes mon espérance

2000 : Si vous êtes ce que vous devez être, vous mettrez le feu au monde entier !

2001 : vous devez être des sentinelles du matin à l’aube du nouveau millénaire.[6]

2002 : Vous êtes la lumière du monde, vous êtes le Sel de la Terre[7].

2004 : Soyez un levain d’espérance […] et pour rendre le monde meilleur, efforcez-vous avant tout de vous changer vous-même.[8]

Quel culot quand même, vous ne trouvez pas ? Dans une société qui ne ce cesse de vous définir, de vous dire qui vous êtes, ou bien quel rôle jouer, quel personnage adopter, lui, Jean Paul II, il savait vous remettre les points sur les « i » en refusant les étiquettes, les modes et les simplifications.

Pas besoin de cocher 3 triangles bleus dans le dernier Marie-Claire… Jean Paul II, il avait vite fait de vous rappeler la vérité sur vous-mêmes : vous êtes ce que vaut votre coeur. [9]

Oh, ne le prenez pas pour un naïf, notre Pape. Peut-être mieux que personne, il savait de quoi l’homme est fait, de quoi il est capable parfois, même dans ses pires retranchements. Il savait aussi mieux que quiconque combien la tâche est dure, inconcevable même comme il disait, si l’on ne compte que sur nous-mêmes. 

Il admettait en toute honnêteté,  « Chacun sait combien il est difficile de reconnaître ses propres manques. On est en effet prêts à chercher toutes les raisons possibles pour ne pas les admettre, ni les changer. Mais, de la sorte, on ne fait pas l'expérience de la grâce de Dieu, de son amour qui transforme et rend concret ce qui apparemment semble impossible à réaliser »[10].

Oui, ça aussi, c’était le message de Jean Paul II … toujours avec cette tendresse, et toujours en utilisant le verbe « être », nous répéter que « nous ne sommes pas la somme de nos faiblesses et de nos échecs, mais la somme de notre capacité réelle à devenir à l’image de Jésus ». [11]

 Alors, oui, peut–être que nous sommes inconscients de vouloir suivre un tel modèle, de se revendiquer témoins de ce grand homme. Parce que ce que l’on fait aujourd’hui, l’encenser, ça ne sert à rien ; admirer la personne, ça ne sert à rien et prendre un nom, ça ne signifie rien.

Comme disait Guy Gilbert, le curé des Loubards, encenser Jean Paul 2 jusqu’à l’overdose ne sert à rien si sa façon de vivre, d’espérer,  et d’aimer ne nous pousse pas à l’imiter à notre tour […] Comment voulons-nous vivre sur ses traces ? Quels ponts construirons-nous, nous aussi ? À sa suite, saurons-nous être des étoiles de l’Evangile que nous soyons à Lourdes ou de retour chez nous? »[12]

Alors, mes amis, ne rangeons pas nos bannières. Mais placardons-les, et portons-les bien haut. Non pas en honneur d’un Saint qui n’a jamais cherché les honneurs ni la première place, mais parce que Jean Paul 2, c’est une force à suivre, un exemple à imiter qui nous appelle à être quelqu’un de nouveau, à nous dépasser.

St Paul disait « si vous n’êtes pas des fous dans ce monde, vous n’arriverez jamais à vivre l’amour que prêche l’Evangile » alors soyons digne d’être des fous, à l’image de Jean Paul 2…. 

 

Emmeline Gros

 


[1] Jean Paul 2 devant les jeunes au Parc des Princes, 1980 : Risquez de le suivre. Cela demande évidemment que vous sortiez de vous-mêmes, de vos raisonnements, de votre "sagesse", de votre indifférence, des habitudes non chrétiennes que vous avez prises peut-être. Oui, cela demande des renoncements, une conversion, qu’il vous faut d’abord oser désirer, demander dans la prière et commencer à pratiquer.

(http://www.generationjpii.org/article480.html).

[2] Guy Gilbert (le Curé des Loubards), L’Evangile une Force Invincible, Editions Philippe Rey, 2005. page 401.

[3] Lourdes, 1983.

[4] Jean-Paul s’adressant aux religieuses, en la basilique Notre-Dame du Rosaire

[5] Le pape, lui-même, disait la même chose du Christ : « Le Christ est exigeant avec ses disciples, et l'Eglise n'hésite pas à vous reproposer, à vous aussi, son Evangile "sans concession". » (Angelus, 1er avril 2001).

« C’est vrai : Jésus est un ami exigeant, qui indique des objectifs élevés et qui demande que l’on sorte de soi-même pour aller à sa rencontre ». (Visite apostolique en Azerbaidjan et en Bulgarie - Rencontre avec les jeunes, Plovdiv - Cathédrale catholique, 26 mai 2002)

[6]http://www.vatican.va/holy_father/john_paul_ii/speeches/2001/december/documents/hf_jp-ii_spe_20011210_azione-cattolica_fr.html

[7] http://www.vatican.va/holy_father/john_paul_ii/messages/youth/documents/hf_jp-ii_mes_20010731_xvii-world-youth-day_fr.html

[8] http://www.zenit.org/article-7667?l=french

[9] Jean Paul 2 continue  « Faire place au cœur dans la construction harmonieuse de votre personnalité n’a rien à voir avec la sensiblerie ni même la sentimentalité. Le cœur, c’est l’ouverture de tout l’être à l’existence des autres, la capacité de les deviner, de les comprendre.

Une telle sensibilité, vraie et profonde, rend vulnérable. C’est pourquoi certains sont tentés de s’en défaire en se durcissant. Aimer, c’est donc essentiellement se donner aux autres. Loin d’être une inclination instinctive, l’amour est une décision consciente de la volonté d’aller vers les autres.

Pour pouvoir aimer en vérité, il faut se détacher de bien des choses et surtout de soi, donner gratuitement, aimer jusqu’au bout. Cette dépossession de soi - œuvre de longue haleine - est épuisante et exaltante. Elle est source d’équilibre. Elle est le secret du bonheur ». Il ajoutait aussi, si dans ta vie, tu as l’amour et si « tu sais que cet amour vient de Dieu, alors tu es invincible. » http://www.generationjpii.org/article818.html

[10] Aux jeunes du diocèse de Rome, 25 mars 1999, Solennité de l'Annonciation.

[11] JMJ 2002. Toronto.

[12] Guy Gilbert (le Curé des Loubards), L’Evangile une Force Invincible, Editions Philippe Rey, 2005. Pages 398- 406.

 

Par Emmeline GROS
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